Le retour en grâce des cépages oubliés du Jura n’est pas qu’une affaire d’histoire ou de mémoire. Avec le changement climatique, certains révèlent des aptitudes remarquables à s’adapter à la chaleur, à la sécheresse, ou à la pression des maladies fongiques. Le melon à queue rouge résiste bien à la pourriture grise : un argument décisif à l’heure où la région subit des étés plus orageux et des printemps précoces.
La sauvegarde de cette diversité végétale, c’est aussi une façon de faire parler le vin autrement. Goûter un vin issu d’un enfariné ou d’un béclan aujourd’hui, c’est faire l’expérience d’arômes oubliés, réfugiés quelque part entre la framboise sauvage, l’herbe de la Saint-Jean et la craie mouillée.
Pour les vignerons, l’enjeu dépasse la simple curiosité. Il s’agit d’armer le vignoble de demain, de garder ouverte la porte des possibles, de ne pas oublier que chaque pied de vigne peut raconter autrement la complexité du Jura.
Rien ne dit que ces cépages abandonneront à nouveau le devant de la scène. Mais leur rare présence, çà et là, témoigne de la vitalité d’une région qui sait murmurait ses secrets à ceux qui savent écouter – ou goûter.