Le chardonnay ouillé : pureté, tension et minéralité
Dans le Jura, le chardonnay ouillé est généralement élevé « à la bourguignonne ». Les barriques sont remplies au fil de l’évaporation, parfois jusqu’à deux fois par mois, afin d’éviter tout contact prolongé avec l’air. L’élevage s’étend de 9 à 24 mois selon les domaines et les choix du vigneron.
- Les arômes sont marqués par la fraîcheur : fleurs blanches, agrumes, fruits jaunes, notes de silex ou de coquille d’huître (notamment sur les marnes grises ou les calcaires du Bajocien).
- La bouche se montre tendue, souvent droite, portée par une acidité préservée, ce qui n’empêche pas quelques rondeurs sur les plus beaux millésimes mûrs.
- L’ouillage confère aussi au vin une capacité de garde appréciable (5 à 15 ans pour les meilleurs), mais on recherche ici le croquant, la jeunesse, la netteté.
En chiffres, environ 65 % des chardonnays jurassiens sont aujourd’hui élevés ouillés (Source : Comité interprofessionnel des vins du Jura).
Les domaines de référence : Les Bottes Rouges, André et Mireille Tissot, Labet, ou encore Pélissero pour leurs célèbres Côtes du Jura ouillés – véritables modèles de chardonnays cristallins, minéraux et d’une énergie singulière.
Le chardonnay non ouillé : tradition oxydative et identité jurassienne
Le non ouillage, lui, relève d’un savoir-faire à part. Après la fermentation, le vigneron laisse le fût se vider lentement, jusqu’à voir apparaître une surface de vin en contact avec l’air. Un voile de levures indigènes se forme parfois à la surface, protégeant le vin d’une oxydation trop brutale tout en libérant des arômes et des textures nouvelles.
- Le profil aromatique bascule : noix, noisette, curry, pomme mûre, fruits secs, épices, parfois des touches de céleri ou de morille séchée.
- La bouche gagne de la largeur, de la salinité, de l’amplitude, avec une tension conservée mais enrobée par le gras et le lacté apportés par le voile.
- Le potentiel de garde s’étend considérablement : il n’est pas rare d’ouvrir, après 20 ou 30 ans, un vieux chardonnay oxydatif d’une puissance évocatrice intacte.
On rencontre ce style surtout dans les chardonnays destinés à la production de vin jaune (qui nécessite légalement le savagnin, mais le chardonnay peut accompagner dans l’assemblage de certaines cuvées « type vin jaune » hors AOC) ou de Côtes du Jura tradition. Il reste néanmoins plus rare que le ouillé pour le chardonnay.
Selon le FranceAgriMer, moins de 15 % des chardonnays du Jura sont élevés en non ouillé (hors savagnin).