Chardonnay ouillé : la tension, la droiture
Le style ouillé (cuvé avec "ouillage", donc protégé de l’air) représente la photographie la plus lisible du chardonnay jurassien. Les cuves et foudres ne sont jamais laissés à niveau plus bas que le bord : on ajoute du vin pour éviter qu’il ne s’oxyde. Résultat ? Des vins à la teinte cristalline, au nez pur, prenant souvent la pomme verte, la noisette fraîche, la minéralité ciselée.
Dans ces vins, la patte du terroir s’exprime sans détour : un chardonnay des Côtes du Jura ouillé évoque souvent les agrumes, l’aubépine, la pierre à fusil, selon la main du vigneron et le millésime. On parle ici de vins gastronomiques, capables d’affronter le temps (de 5 à 15 ans de garde sans frémir pour les plus beaux), et d’un excellent rapport prix-plaisir sur le marché français.
Chardonnay typé “oxydatif” : Entre tradition et expérience
À l’inverse, certaines cuvées sont délibérément élevées sous voile, ou sur lies, pour rappeler l’esprit des vin jaunes – mais avec le chardonnay en premier rôle. Ce style oxydatif, pêche, noix, curry, tilleul, séduit les amateurs de sensations fortes, tout en demeurant plus accessible, plus tendre que le cousin savagnin.
C’est ce style qui, dans les années 1980-2000, a permis à de nombreux vignerons d’écouler leurs stocks auprès de cavistes et bars à vin parisiens. Le chardonnay oxydatif du Jura a incarné, le temps d’une décennie, la curiosité française pour les vins singuliers, loin des circuits habituels.
Chardonnay en assemblage : équilibre et architecture
Le chardonnay s’associe très fréquemment au savagnin dans l’élaboration des Côtes du Jura blancs classiques. La réglementation de l’AOC autorise ces assemblages, souvent dans des proportions de 70% chardonnay et 30% savagnin. Ce mariage équilibre la vivacité du chardonnay et la puissance aromatique du savagnin, donnant naissance à des vins aux arômes de pomme mûre, d’amande, et parfois, dans les vieux millésimes, de truffe blanche. (Source : “Le Jura – Revue des vins de France”, Hors-Série 2021)