L’Enfariné noir : la fraîcheur du sous-bois et des fruits rouges
Presque effacé par le temps, l’enfariné (ou enfariné du Jura, à ne pas confondre avec l’enfariné de l’Ardèche) possède un grain originel : sa pellicule blanchâtre lui donne l’allure d’un fruit poudré. Prisé autrefois pour sa rusticité – et sa capacité à résister partiellement à la pourriture grise – il était souvent associé au trousseau ou au pinot.
- Profil aromatique : net sur les petits fruits rouges, mûre légèrement acide, groseille, cerise douce. Une dimension végétale, évoquant la feuille de cassis, se trouve au nez.
- Bouche : attaque vive, tanins fins mais fermes, acidité marquée qui étire la finale. L’enfariné est d’une fraîcheur salivante, parfois austère si vendangé trop tôt.
- Particularité : Certains millésimes livrent des notes d’herbes fraîches ou de sève, en prolongement de l’aromatique primaire. Son profil se rapproche du pinot noir dans ses expressions les plus épurées.
À savoir : Des essais de remontée en gamme et de micro-vinifications sont en cours dans le Revermont et à Pupillin (voir Vin-Jura.net).
Le Petit Béclan : la structure et l’éclat du vin de soif (et d’autrefois)
Béclan noir, petit béclan, grand béclan : le mot évoque le passé rural, l’époque où l’on plantait pour nourrir une grande famille. Cépage tardif, adapté aux pentes pierreuses du sud Revermont, il fut quasiment éradiqué durant le XXe siècle avant d’être conservé dans quelques parcelles.
- Profil aromatique : fruits rouges acidulés (framboise, groseille), touche de terre fraîche et d’épices douces (poivre blanc, coriandre).
- Bouche : svelte, assez légère, tanins discrets mais bien tricotés. Vin peu coloré, souple et direct.
- Particularité : Sa vivacité naturelle en fait un compagnon redoutable des mets simples : saucisse de Morteau, comté fruité, tartes rustiques. Pour un vin d’avant les agronomes, il rappelle l’idée d’un fruit soulevé par la pierre.
Le Melon à queue rouge : la mémoire du grand blanc jurassien
Souvent confondu avec le melon de Bourgogne (cépage du muscadet), le melon à queue rouge est bien jurassien, parent éloigné du chardonnay mais doté d’une typicité propre. Autrefois planté sur les marnes bleues d’Arbois, ce cépage a pratiquement disparu au fil du XXe siècle (Source : Vins d'Arbois).
- Profil aromatique : agrumes jaunes mûrs, pomme, fleurs blanches (aubépine, acacia). Vieillissement sous voile possible, livré alors sur des accents légèrement oxydatifs tout en conservant une base fruitée.
- Bouche : attaque ronde et souple, mais avec une vivacité sous-jacente. Texture plus large que le savagnin, moins tendue que le chardonnay, proposant une concentration remarquable.
- Particularité : utilisé autrefois pour donner plus de gourmandise et de volume aux vins blancs de fêtes, le melon à queue rouge est aujourd’hui recherché par quelques vignerons attachés à la biodiversité génétique.
À noter : Le domaine Berthet-Bondet et la Fruitière de Voiteur mènent des micro-vinifications pour évaluer son potentiel de renaissance.
Le Tressot et Pau noir : des anthocyanes intenses et l’ombre portée du passé
Parmi les cépages retrouvés récemment, tressot et pau noir partagent la caractéristique d’apporter couleur et chair. Mentionnés dans les registres du XIXe siècle, ils furent victimes du phylloxéra (1879-1883) puis du gel historique de 1956.
- Profil aromatique (Tressot) : baies noires (cassis, mûre sauvage), note de cuir frais, touche iodée.
- Bouche : puissant mais avec une finale sur l’élégance, tanins serrés, trame acide solide.
- Profil aromatique (Pau noir) : confiture de prunes, violette, note de réglisse et de poivre noir.
- Particularité : utilisé aujourd’hui en assemblage, principalement pour structurer ou “colorer” les vins rouges issus de souches fragiles. Leurs qualités d’intensité se révèlent après quelques années de garde.