Il existe en France des vins de terroir, et puis, il y a le vin jaune, dont la méthode élève le Savagnin au rang d’alchimie œnologique.
La recette, stricte et patiente
- Pressurage des baies, puis fermentation classique en cuve ou en foudre.
- Elevage oxydatif : le vin, après fermentation, n’est ni ouillé (on ne remet pas à niveau les tonneaux).
- Naissance du "voile" : une levure indigène, florissante à la surface du vin, s’installe naturellement, empêchant l’oxydation complète tout en transformant les composés aromatiques.
- Vieillissement de 6 années et 3 mois minimum en fûts de chêne, sous voile, sans soutirage ni manipulations fréquentes (exigence réglementaire de l’AOC Vin Jaune depuis 1936).
Ce procédé lent, où rien ne presse, exige du vigneron qu’il accepte le temps comme un ingrédient, et du Savagnin qu’il dévoile tout son génie : résistance à l’oxydation, puissance aromatique, structure persistante.
Le voile, cette peau qui change tout
Les levures du voile sont spécifiques au Jura, portées par l'air, les murs des caves et la mémoire du lieu. Elles participent à transformer les arômes du Savagnin :
- notes de noix et de curry (molécules de sotolon très présentes),
- amertume noble et texture grasse en bouche,
- fraîcheur saline et tension en finale, un paradoxe pour un vin aussi longtemps élevé sans soufre ajouté
(Source : K. Giraud-Héraud, « Le Vin Jaune, son élevage et ses arômes » – Université de Bourgogne)